Wednesday, January 26, 2005

L'Albatros

[structure syllabique]

Souvent pour s'amuser, les hommes d'équipage [ 2 / 4 // 2 / 4 ]
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, [ 2 / 4 // 2 / 4 ]
Qui suivent, indolents compagnons de voyage, [ 3 / 3 // 3 / 3 ]
Le navire glissant sur les gouffres amers. [ 4 / 2 // 2 / 4 ]

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueuele,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince au nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Vocabulaire

hommes d'équipage (nm): crew (nautisme)
vuele (adj): weak, spineless
brûle-gueule (nf):short-stemmed pipe
nuées (nf): 1. swarm, horde
2. dense cloud
huées (nfp): booing
boiter (v. intran.): [personne] to limp, [meuble] to wobble, [raisonnement] to be shaky


Premier quatrain:

Le premier mot du poème ("Souvent") établit une temporalité indéterminée. Les descriptions qui suivent sont, dans un sens, des souvenirs (des événements historiques), mais ils sont aussi des événements (ou expériences) récurrents. L'enjambement entre le premier et deuxième vers crée une séparation entre "les hommes d'équipage" et l'albatros qu'ils prennent. Il y a déjà une suggestion que l'albatros n'est pas quelque chose qu'ils puissent comprendre. Par la disposition croisée (abab) des rimes, le contraste entre les "vastes oiseaux des mers" et "les gouffres amers" est mis en relief. Le rapprochement du poète et de l'albatros dans le quatrième quatrain augmentera l'importance de cet contraste. Ainsi, le premier quatrain commence avec l'élévation majestueuse de l'albaltros et, par une grande chute, se termine en l'espace clôturé du navire coincé par "les gouffres amers".

Deuxième quatrain

La chute du premier quatrain est continuer dans le deuxième quatrain. Dans le premier vers, les albatros sont déposés sur "les planches", synecdoque pour le navire (et son pont). Des deux hémistiches du deuxième vers, une antithèse se dégage: les albatros sont à la fois "ces rois de l'azur" et "maladroits et honteux". Mais l'aspect royal s'estompe rapidement avec les deux prochains vers. Par la transformation de leurs "grandes ailes blanches" en avirons "traîner à côté", les albatros perdent leur rapport avec le vaste monde du ciel, et ils sont forcément liés au navire et aux hommes d'équipages.

Troisième quatrain
- l'albatros (maintenant singulier) devient de plus en plus lamentable
- dans le monde du navire, des hommes d'équipages (peu-être une métaphore pour la masse), l'abaltros est souvent mal compris

Quatrième quatrain
- dans le premier vers, le Poète (avec une majuscule) est clairement lié au albatros
- le déchirement de l'abaltros entre le monde élevé auquel ses ailes peux lui porter (les ailes sont peut-être métaphore pour la capacité artistique et créatif du poète, c'est-à-dire son génie), et le désespoir du monde commun est maintenant partager par le poète
- il se sent vraiment seul et en exile et, dans un certain sens, son génie (ses ailes) lui empêche d'être capable de vivre dans le monde commun ("l'empêchent de marcher)


un essai


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